C’était à New Delhi, un samedi de 2003.
Je suis rentré à l’Ambassade à 9H du matin et je suis sorti à 9H du soir.
Il a fallu que je termine, avant la date limite, le rapport du Conseiller Économique, réparti selon un exercice de six mois (6), pour être évalué, en dernier stade, par l’administration centrale compétente.
Mon Ambassadeur, que Dieu ait son âme, décédé, il y a quelques années, était un politicien très connu, au milieu des Grands Partis Politiques. Il avait choisi de venir samedi à l’Ambassade, à l’improviste.
À peine, m’avoir croisé, il n’hésita pas de m’annoncer la couleur, à la première heure : « même si tu doubles tes efforts, même si tu travailles jour et nuit, tu ne seras jamais promu. Moi, je connais très bien l’administration. Personne ne t’accordera aucune importance. Tes Vœux et ta demande resteront lettre morte. Je n’aimerais pas que tu te fatigues ».
J’avais quarante ans (40) à l’époque. J’avais, réellement, la force de l’âge. Je regorgeais d’énergie, d’enthousiasme, de vigueur et d’ardeur. En quatre ans, je venais d’achever la rédaction de 8 rapports économiques, d’un certain volume (économie indienne et coopération bilatérale).
Mon administration aurait pu optimiser et maximiser, davantage, ma disponibilité, ma vitalité, mon dynamisme et ma passion impressionnante pour l’œuvre diplomatique, en m’octroyant une tâche, politiquement, plus prioritaire pour mon pays.
Mon Ambassadeur qui était, extrêmement, touché et profondément, ému, lorsque je venais, même le samedi, pour travailler, de mon propre gré et de ma propre volonté, m’avait proposé de répondre à un autre canevas beaucoup plus simple, très allégé, qu’il avait façonné et conçu lui-même, au lieu que je gaspille et je gâche des semaines entières, dans des rapports économiques interminables, compromettant même, l’exercice d’autres tâches diplomatiques, non moins importantes.
J’avais, aussitôt, manifesté de l’embarras et de la gêne. J’étais indécis et perplexe.
Je me suis confronté, simultanément et en même temps à deux interlocuteurs institutionnels différents.
Je voulais satisfaire, à la fois, mon Ambassadeur et mon Ministère.
J’avais, toujours, opté, tout au long de mon itinéraire professionnel, pour un tempérament, très modéré. J’avais essayé, de maintenir de meilleures relations personnelles avec toutes les parties marocaines, notamment, lorsqu’elles sont contraintes d’émettre des avis et des opinions, plus ou moins nuancés dans certaines conférences internationales multilatérales.
Tellement, le stage du Conseiller Économique, que j’avais suivi au Maroc, pendant une période de six mois, était méticuleux, rigoureux et enrichissant ! Tellement, ce stage était grandement, fortement et particulièrement, minutieux et scrupuleux, que j’avais pu opter, finalement, pour poursuivre mes rapports économiques, suivant le canevas de mon Ministère, un canevas, ayant recueilli, initialement, l’adhésion et la souscription de toutes les Parties Prenantes, organisatrices et participantes à ce Grand Stage de l’année 2001.
Encore une fois, j’ai voulu démontrer et attester à travers ce témoignage, à caractère, éminemment, historique et qui relate une bonne partie de ma vie professionnelle, vécue dès le début de la décennie 2000, combien j’étais, étroitement, relié à mon Ministère, en matière d’instructions administratives, combien, j’étais imbriqué à mon administration à travers ses consignes de caractère régulier, combien j’étais enchevêtré à mon organe professionnel, à travers ses directives assidues et ordonnées, combien j’ai voulu rester fidèle, dévoué, fiable, loyal, juste, intègre et solidaire avec mon Institution Diplomatique, même, si mon Ambassadeur, quoique son statut de politicien et ancien ministre, n’avait pu me convaincre, afin de réduire, manifestement, le volume et les grandes sections du canevas et opter par voie de conséquence, pour sa proposition et suggestion.
Il n’en demeure pas moins vrai que mon Ambassadeur, compte tenu de son vaste expérience diplomatique, étant donné son savoir-faire, sa pratique professionnelle émérite, son discernement, son flair, son sens de visibilité et de perception, il n’avait formulé aucune réserve à ce que je continue d’élaborer mes rapports économiques, selon le canevas choisi, dès le départ, par mon Ministère.
Mon Ambassadeur, à travers son geste très diplomatique, avait réellement, attesté de sa solidarité indéniable avec l’intérêt général, représenté par mon administration, en se rangeant finalement, du côté de mon Ministère.
